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24 octobre 2017 2 24 /10 /octobre /2017 06:04
#metoo, toutes les femmes ou presque.

Pas facile ces derniers jours sur la toile. Pas facile de lire tous ces témoignages, anonymes ou non, qui me jettent à la figure l'ampleur du mal être, l'ampleur des malheurs, l'ampleur de la peur que vivent quasiment toutes les femmes uniquement parce qu'elles sont des femmes dans une société patriarcale.

 

Pas facile quand on est féministe en pleine déconstruction (je m'attaque en ce moment à l'affaire des poils. Mon objectif: ne plus trouver qu'il est très laid d'avoir du poil sous les bras. Pourquoi les hommes pourraient en avoir et pas les femmes?).

 

Pas facile de voir que malgré tout, ça avance, on en parle de plus en plus, on supporte de moins en moins, les langues se délient mais qu'on est encore très loin de l'arrêt des violences, du harcèlement et du sexisme ordinaire humiliant.

 

Pas facile de réaliser que tous ces actes resteront impunis légalement dans leur grande majorité.

 

De réaliser que ces hommes sont à l'abri.

 

Pas facile non plus de garder confiance: toutes ces femmes, presque toutes les femmes, et pas qu'une fois, ont été victimes....de combien d'hommes? Est ce que presque tous les hommes sont coupables? A quel degré? Au moins une fois dans leur vie?

 

Forcément je pense à ma fille. Ma fille qui est féministe, qui ose dire à son prof d'EPS (qui s'en fout) que non les filles n'ont pas à avoir 2 points d'avance sur les garçons au badminton. Pourquoi pas à la pétanque aussi. Ou aux échecs. (Digression: savais tu que les championnats d'échecs ne sont pas mixtes?! Sans déconner!)

 

Qu'est ce qu'elle aura a subir? Autant que moi? Moins car nous vivons dans un cadre plus tranquille et surtout moins peuplé que le 93 où j'ai grandi? Ou pire?

 

Et mes fils? Seront ils des coupables eux aussi? Cromignon semble pour le moment bénéficier de nos enseignements, il sait défendre ses cheveux longs, son goût pour le rose, et joue indifféremment avec ses copines et ses copains. Mais hélas le sexisme systématique est plus fort que l'éducation, que fera t'il s'il voit ses copains ennuyer des filles, tenir des propos sexistes ou pire?

 

Pas facile de lire les réactions de certains homes. On a droit à des males tears, des notallmen, du mansplaining en veux-tu en voilà. Alors que je pense que pour une fois qu'on l'ouvre, et qu'on découvre l'ampleur de la souffrance de ces femmes qui témoignent, la bonne attitude est de se taire, d'écouter, de comprendre, spécialement quand on n'a rien à se reprocher. Surement pas de les traiter de menteuses, de dire qu'elles exagèrent, qu'elles se trompent, que les hommes aussi peuvent être victimes, etc...

 

Mais par dessus tout ce n'est pas facile de tout se reprendre dans la figure. Tout ce qui était bien enfoui bien tenu et qui, à ces lectures, est remonté. De mettre les vrais mots sur les choses. Harcèlement. Sexisme. Violences. Agressions. Tout ce qui est remonté avec la bonne étiquette cette fois.

 

Ma peur, enfant, de croiser des bandes de garçons qui trainent dehors, sans pouvoir éviter le groupe. Cette peur là était quotidienne. J'y affrontais moqueries, insultes, remarques sexuelles, parfois on tentait de me faire tomber ou de me toucher... A chaque sortie de chez moi mes yeux avaient appris à balayer l'espace, à anticiper, à trouver des plans B pour dévier rapidement ma trajectoire au moindre signe de rassemblement masculin. Jamais je ne me suis posée la question de la normalité de la chose. C'était ma vie, c'était celle de mes copines aussi, on n'en parlait pas, on le vivait. Je sais avoir épargnée tout ça à ma fille et j'en suis très heureuse.

 

A 8 ans un groupe de garçons pas plus âgés m'avait ainsi attrapée en revenant de l'école. Ils avaient essayé de me faire tomber en tirant mon cartable et mes cheveux. Une dame est arrivée en leur criant dessus et ils se sont sauvés. Et moi aussi, hagarde, en faisant le sprint de ma vie, sans même la remercier.

 

Au collège, j'ai bien appris à répondre à toutes les injures, questions sexuelles, concernant ma couleur de cheveux ." C'est vrai que les rousses, ça pue quand on les baise?". "Tu ne le sauras jamais connard".

 

Il y a eu pire à cette période mais je ne me sens pas prête à en témoigner. Une agression, que j'avais enfouie et intégrée à tel point que jamais je ne l'aurais nommée ainsi, à tel point que je l'avais gommée de ma mémoire comme non évènement.

Il y en a eu une seconde ensuite.

Et puis deux autres après.

 

Le harcèlement de rue, c'était quotidien. La rue, le métro, les bus. L'espace public était régi par les hommes, jamais je ne me suis rebellée, jamais je n'en n'ai parlé, j'ai juste appris quelques stratégies d'évitement. Je croyais que c'était normal, comme de se lever le matin. Désagréable mais inévitable. En fait je n'y avais jamais réfléchi vraiment.

 

Il y a eu cette fois où j'ai réagi, je me suis rebellée, j'ai crié, j'ai insulté. Et j'ai bien failli me faire rouer de coups voire jeter sous le métro, tant le gars était dans un état de rage folle. Heureusement il était avec un ami qui l'a retenu.

 

J'ai collaboré à ce système. Je disais à mes copines d'éviter les rues sombres. d'éviter tenues "provocantes" et maquillage trop chargé. D'éviter de finir ivre aux soirées. Je disais que les hommes sont comme ça. Que la drague lourdingue n'était pas du harcèlement.

 

J'ai la chance ne pas ressentir de culpabilité. Ce n’est pas mon truc. Allez peut-être un peu sur une des agressions, je trouve que j'ai été tellement naïve. Trop.

 

Par contre je regrette vraiment de ne pas avoir ouvert les yeux plus tôt. Je regrette vraiment. Je m'en veux d'avoir joué le jeu, d'être rentrée dans le moule.

 

Heureusement c'est terminé. J'espère que pour toi aussi.

 

 

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commentaires

alounette 26/10/2017 01:23

Superbe témoignage.Oui dans le 93 et dans le 95aussi on apprend des stratégies pour survivre dans un contexte d'agression quasi constant. pas moyen d'aller faire de l'essence sans une agression :( Et c'est tellement ancré que ça nous parait normal de faire attention. Et on en apprend tous les jours... Un soir je me suis fait suivre sur 20 kilomètres en voiture, j'ai fini par me garer à côté du commissariat et attendre que le mec parte (enfin je suppose que c'était un mec la camionnette avait les vitres noircies). J'en parle aux copine que j'avais été voir ce soir là. Réaction "bah pourquoi tu n'as pas remonté la capuche de ton sweat ???". Plus étonnées par ma méconnaissance de "l'astuce" que par le fait :(. Effectivement la fois d'après parce qu'en plus c'est fréquent, dès que j'ai remonté ma capuche le mec est parti... Et c'est une "anecdote" presque soft biensür... Comme toi y en a que j'ai tellement intériorisée, et d'autres que j'ai fait semblant de trouver drôles...
Bon et sinon moi aussi je m'entraine pour les poils sous les bras. Pas facile mais bon maintenant j'assume la piscine avec mes poils alors qu'avant je me sentais obligée d'être parfaite de partout c'est à dire quasi glabre...
Quant à l'éducation, ici l'école a été assez terrible sur le sexisme dès la maternelle, les jeux pour les garçons et ceux pour les filles :( et les garçons qui sont dits forcément agités, violents et querelleurs... Pas évident d'empecher mes 2 "grandes" de 7 et 5 ans de coller une étiquette à leur petit frère (2 ans). J'ai même eu le droit à "mais maman il faut bien que je le chahute pour l'habituer sinon il va pleurer et il n'aura pas de copains" :( il avait 15 mois :( :( :( Et sinon il aime le rose, les princesses et les cheveux longs...

PetitDiable 05/11/2017 22:02

C'est avec eux que ça peut évoluer, on y croit!

lizagrece 25/10/2017 10:15

J'ai, vu mon grand âge fait partie du MLF, du MLAC de Psych et po de tous ces mouvements qui nous désignaient comme des soi-disant excitées mais qui ont aidé les femmes en travaillant pour que la contraception et l'avortement soient autorisés, pour aider les femmes battues, traqué les violences conjugales, dénoncé les violences médicales subies par les femmes lorsv de leur accouchement ou lors d'examens gynécologiques, manifesté pour avoir le droit de sortir seule la nuit etc ... Puis, ces mouvements se sont tus et on nous a considéré comme de vieilles ringardes. Pourtant, même si nous n'avons pas gagné tous les combats notre vigilance était importante. On nous a supprimé la parole et la condition des femmes a régressé à partir des années 80/90. Petit à petit. Sans que beaucoup de femmes n'y prêtent attention. De nouveau la parole se libère et on s'aperçoit que beaucoup de choses n'ont guère changé. C'est un malheureux constat mais qui nous enseigne qu'il ne faut jamais baisser la garde.

PetitDiable 05/11/2017 22:00

Jamais jamais!

La Carne 24/10/2017 16:52

Pour moi aussi c'est terminé...
je reviens juste sur un point, déjà, les hommes qui ont du mal à comprendre, c'est pénible... alors quand c'est le femmes... :(

PetitDiable 05/11/2017 22:00

C'est pire mais je tente de rester ouverte, après tout j'étais comme elles...

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