Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
30 août 2018 4 30 /08 /août /2018 07:27
Le chien, la joggeuse féministe et le c***sur son banc.

Un soir après le dîner, comme souvent, j'ai chaussé mes running pour faire un petit jogging. Je vis dans un bled et je peux courir dans une pinède qui est juste derrière chez moi. En été, il fait jour tard, je peux courir le soir assez tard sans manquer de lumière.

 

Je cours une trentaine de minutes, loin est l'époque où j'enchainais les semi-marathons et les entraînements de 15km. C'était une autre vie, il y a un temps pour tout.

 

Dans ce parc, je croise familles, enfants, promeneurs, sportifs, et évidemment chiens. D'ailleurs j'y sors aussi souvent le "nôtre".

J'ai déjà eu quelques mésaventures avec des chiens, quelques frayeurs. Très rarement, heureusement. Je vis dans un patelin tranquille.

 

Ce soir-là, arrivée au 3/4 de ma boucle habituelle, j'ai vu un homme assis sur un banc. Un sportif apparement, vu sa tenue: débardeur, short de sport, baskets. La lumière déclinait, j'étais partie un peu tard. Je n'aime pas courir au parc quand il commence à faire nuit, mais je me sens tout de même rationnellement en sécurité. Il y a des maisons qui le bordent, des routes, et je voyais des gens au loin.

 

Je n'avais pas vu "son" chien. Tout à coup il a surgi devant moi en aboyant. J'ai fait un bond de peur et de surprise. C'était un genre d'épagneul, quelque chose comme ça, je ne suis pas calée en races de chiens. Un chien de taille moyenne, à l'air plutôt sympa, pas effrayant.

 

Tout en courant je l'ai contourné, mais il continuait à m'aboyer dessus. Je voyais bien le dénouement de ce genre de trip: une fois le dos tourné, il risquait de me choper la cheville. J'ai couru quelques foulées en crabe en le toisant, certaine qu'il n'oserait pas m'attaquer de face: trop petit, pas assez agressif.

 

Le mec pendant ce temps n'avait pas levé la tête de son smartphone.

Une fois dépassé le banc sur lequel, assis, il devait au moins être en pleine rupture avec sa nana pour ne pas prêter attention à ce qu'il se passait à 2m de lui, j'ai tenté de reprendre ma course normalement. Mais le chien continuait à sprinter en aboyant dès que je tournais le dos, et reprenait ses distances quand je me retournais. 2 fois, je me suis retournée, il a reculé, 2 fois j'ai tenté de repartir, il m'a foncé dessus. Je sais que je ne cours pas plus vite qu'un épagneul, je n'ai pas tenté de le semer.

 

Il y a peu de temps encore, peut-être un an en arrière, j'aurais continué d'avancer et de me retourner autant de fois que nécéssaire pour qu'il me lâche. Jusqu'à ce que ce chien se lasse, soit trop loin de son maître sur le banc et reparte vers lui. Je n'aurais jamais osé, moi du haut de mes même-pas-1m60, héler un homme de bonne taille et musculature de façon peu aimable pour le rappeler à l'ordre, à 20h30 dans un parc au crépuscule et sans témoins.

 

Mais depuis quelques années, j'ai eu la chance de lire nombre de pages, de suivre des femmes, des militantes féministe, et d'entamer ma déconstruction patriarcale. Chaque jour ou presque, j'ouvre les yeux sur un monde à la matrix ou l'oppression des femmes est un système universel. C'est flippant.

 

J'ai pris de l'assurance. Je suis plus sûre de moi. J'ai plus de répartie. Je ne veux plus aussi facilement accepter.

Tu me diras qu'il n'est pas nécessaire d'être féministe pour ouvrir sa gueule dans une situation de ce genre. Certes, mais moi c'est ce qui m'a permis de le faire.

 

Alors au lieu de me sortir de cette histoire avec ce chien sans faire de vagues, sans indisposer le mec sur son banc, sans risquer de me faire insulter ou pire, j'ai enlevé l'oreillette de mon écouteur droit, et j'ai crié au propriétaire du chien: "eh, vous pouvez tenir votre chien là?"

Lui: "il est gentil, il ne vous fera rien"

Moi (ton très énervé): "je ne le connais pas, je n'en sais rien, on ne dirait pas! Et j'ai le droit de courir sans me faire courser par votre chien! Vous le tenez ou il se prend un coup de pompe et j'appelle les flics!"

 

Il faut savoir que dans mon patelin, les flics, ils ne sont pas débordés ...et ils sont rapides du coup, pour intervenir et garantir la tranquillité des électeurs. Big up pour eux tiens, sans rire.

C'est sûr que quand je vivais dans le 93 ma menace aurait eu moins d'impact...

 

Bref, tout ça pour te dire que je ne me suis pas reconnue. Je suis du genre timide, effacée, et les conflits c'est pas ma came. Je sais pas faire. Je fuis, je n'affronte pas. Surtout pas un mec avec un chien agressif le soir seule dans un parc. 

 

Et pourtant je n'ai pas eu peur, vraiment pas, ni du chien ni du mec. Ce n'est pas grand chose, mais j'ai ouvert ma bouche, je me suis défendue, je me suis rebellée, et je l'ai remis à sa place.

Je ne sais pas si pour toi c'est justifié, mais je n'ai pas souvent été aussi fière de moi.

 

 

 

 

 

 

 

Partager cet article

Repost0

commentaires

Koalisa 31/08/2018 13:11

Tu as bien fait, bravo !

PetitDiable 02/09/2018 15:04

oui, je suis contente!

Lauriane 31/08/2018 08:22

Bravo !!! Et au final, le gars a rappelé son chien ?

PetitDiable 02/09/2018 15:04

oui!!

Le Blog Des Petits Diables

  • : Petits Diables
  • : Ancienne parisienne partie au bout de la France, je raconte mon petit bout de chemin. A la maison, nous sommes 5, Polochon, le Cromignon, la Pouillette, l'homme et moi. Ca en fait des histoires! Adepte du portage, des couches lavable, de l'éducation non-punitive, du no-poo, des cosmétiques clean, maman allaitante mais pas militante, randonneuse dans l'âme et dans les pieds, et plein d'autres trucs encore...
  • Contact

Recherche Sur Le Blog